dimanche 22 janvier 2017

Burkina Faso 1 dernière partie







BURKINA FASO
EN TOURNÉE AU PAYS DES HOMMES INTÈGRES



PAR 
DANIELLE TREMBLAY

mars 2011




Deuxième partie



Mercredi le 16 mars : Gros meeting régional, formation et réaction à la pompe


A 6 :30 je me lève et décide fermement après une seule heure de sommeil et une poussée de fièvre que c’en était assez de l’hôtel Entente, j’appelle Eudoxie pour qu’elle procède au changement. Je déjeune et attends Mme Sonny et l’avocat, qui ne viendra pas. Nous quittons donc pour aller au bureau de XXX à Bobo, je prépare mes dossiers à remettre à tous pour la formation. À peine 5 personnes étaient à l’heure alors j’attends jusqu’à 9 :15 et je commence. Tous sont venus (19) sauf M, Joachin alors je dois souvent parler fort et répéter et ma gorge me fais tellement mal, Je dois parler clair et fort le groupe est nombreux et je dois aussi souvent répéter des concepts de base.
Enfin à 13 :30, nous quittons, ils semblent satisfaits de la rencontre et plusieurs me disent que la somme de travail que j’ai effectuée était colossale, j’avoue. Nous irons reconduire Mme Sonny au terminus d’autobus. Elle doit suivre une formation à Ouahigouya et je pensais qu’elle aurait pu prendre l’autobus avec Myriam  une productrice de mangues)mais celui-là était complet, alors elle a donc pris un autre bus qui finalement partait une demi heure plus tôt. L’idée c’est que le lendemain je ne voulais pas me faire bousculer pour rentrer et ne faire que de la route et de l’autre côté pour elle cela cassait son voyage en deux parce que faire tout le trajet Bobo à Ouahigouya d’une traite c’est trop long. Alors nous lui disons au revoir.



Ensuite, je demande à Adama de m’emmener à l’hôtel Sabi, c’est très joli.  C’est sur la route qui entre dans la ville, donc très achalandée et les gros camions bondés klaxonnent tour à tour. Comment sera la nuit dans tout ce chahut ??? 15 :00 Je fais mon check-in, Adama s’en retourne  et on s’entend pour aller faire un tour vers 16 heures. Je prends mes comprimés, prend une bonne douche chaude, et m’allonge pour me reposer quand tout à coup ma gorge se met à serrer, elle fait des spasmes, au point ou alarmée, je m’habille descend à la réception d’hôtel et leur demande d’appeler mon chauffeur.


Je ne peux plus dire un mot, alors j’écris tout ça rapidement. Elle appelle Adama qui est déjà sur la route. Aussitôt qu’il arrive, la réceptionniste me dit qu’il est en bas, je lui parle à petit coup saccadé et lui dit de prendre mon oreiller et de l’eau dans le camion. Il monte à ma chambre et là, j’arrive presque plus à respirer, j’avais déjà demandé des glaçons à la réceptionniste pour faire baisser la température de mon corps, mais là les spasmes et les rougeurs, il n’aime pas ça et décide de m’emmener à la pharmacie là où on avait acheté les produits pour la gorge la veille. J’ai lu sur les papiers que ça pouvait être des effets secondaires, rash érythémateux, risques de pauses respiratoires et de laryngospasmes, le produit ? Locabiotal. Je l’emmène donc avec moi, mais de là à avoir des spasmes comme ça, de la menthe poivrée…je marche tranquillement. Embarque dans le camion et il roule vers la pharmacie, je ne parle plus, j’écris ce qui m’arrive, Adama essaie de leur expliquer. C’est bien ça, je réagis à la pompe, alors  il faut cesser ça tout de suite, mais je dois continuer les antibiotiques. Il n’y a rien d’autre à faire.
Il n’est pas question que je reste seule dans ma chambre dans cette condition, je lui demande de bien vouloir rester le temps que les spasmes s’estompent. Alors j’écris sur du papier.

·        Demain, à quelle heure on part ?
·        Qu’est-ce qu’on fait ?
·        Qu’est-ce qu’on visite en chemin ?
·        Je ne sais pas ce que j’ai fais de la carte routière 
·        Tu veux me montrer sur la carte, c’était ou le Festival de la femme à Banflagaye ?
·        Le village est trop petit.
·        Il y a un conseiller volontaire à Fada, est-ce qu’on peut faire quelque chose dans ce coin là ?
·        Le gouvernement canadien nous interdit d’aller dans ces  régions, trop dangereux pour les étrangers. Dommage.
·        Quand on est allé à Boromo, le monsieur m’a donné ces renseignements pour voir les éléphants, environnement ?
·        Les choses pour Mme Sonny c’est à 7 :30 que tu dois aller les chercher ?
·        Si je ne parle pas encore demain matin, il faut que tu montes et tu cognes à la porte.
·        Tu lis sur mes lèvres !
·        Je pensais que c’était pour ça que tu étais en retard à quelle heure ?
·        Sorcellerie ??? Explique-moi. Qu’est-ce qui peut arriver contre ?
·        Merci d’avoir été avec moi, tu veux manger quelque chose en bas avec moi ? Ici, pas ailleurs parce que je vais me coucher tôt.
·        Y avais un film Bénin, drôle et l’autre je ne me rappelle pas le titre, mais c’était excellent. Quand on prend le temps d’écrire, ça prend plus de temps et donc tu restes autour plus longtemps.
·        Alors il faut que tu causes parce que moi je ne peux pas.
·        Je suis contre l’idée d’envoyer des enfants à la guerre, il n’y a aucune raison valable.
·        La messe du vendredi est trop politique. Là tu as déjà prié pour que je reste en vie !
·        Tu sais hier on a parlé de Céline Dion, elle doit ne pas parler pour protéger sa voix. Alors je pense que je vais chanter comme elle demain.
·        C’est bien quand même parce que tu es ici avec moi.
·        Dis-moi quels plans tu avais pour ce soir?
·        Danser dans un maquis ? Wow.
·        Le Tô, c’est pour le déjeuner qu’est-ce qu’on mange d’autres ?
Il allume la télé et tout à coup j’écoute aux nouvelles que l’on veut faire passer une loi pour encadrer la sorcellerie. QUOI ???????????? Bon sort, pour les mauvais sorts t’as juste à aller à la pharmacie OHOHO !! Au bout de deux heures, je décide d’aller manger une bouchée en bas. Il m’accompagne. Une fois le repas terminé, il s’en va après s’être assuré que j’étais capable de rester ici seule. Il a aussi servi de secrétaire, il a appelé Eudoxie, Mme Sonny pour les aviser. M. Sampebre m’a même téléphoné pour s’assurer que c’était bien vrai, c’est sa job de douter alors il doute. Il a aussi répondu au téléphone quand le notaire m’a appelé, j’ai donc écris sur le carnet :
·        Quand il va appeler, dis lui que j’ai une extinction de voix et que je ne peux pas parler parce que j’ai trop parlé ce matin et que j’avais déjà mal à la gorge. Demandes-lui qu’il m’appelle à Ouagadougou lundi matin 76 90 69 91. Demandes-lui aussi son adresse courriel je vais lui envoyer la demande que j’ai faite à son frère.
Il a tout fait ça, il est retourné me chercher des glaçons, il m’emmenait des compresses, lisais ce que je lui écrivais. Vraiment, c’est une chance qu’il ait été là. Je l’apprécie vraiment beaucoup.

Jeudi le 17 mars : crocodiles sacrés de Sabou et retour sur Ouagadougou 


La veille, nous nous étions entendus pour quitter Bobo très tôt et j’étais assez contente de voir que la température était assez fraîche à cette heure là. Mais Adama arrive à 7 :30 pour venir me chercher, il me dit qu’il n’a pas été capable d’avoir quelqu’un chez XXX pour signer la quittance de mission et qu’il ne pouvait donc pas aller au commissariat de police avec les documents. Là je grince des dents. C’est quoi ce truc ??? Un papier qui dit que nous sommes bien venus à Bobo avec la consultante et que nous avons travaillé, quoi on m’espionne ? ou si c’est pour s’assurer que le chauffeur m’a bel et bien emmené au bon endroit, mais tu parles on était là hier le gars aurait bien pu lui signer l’ostie de papier et s’il avait fallu que je rentre d’urgence à Ouaga, quoi, il aurait fallu attendre le papier, c’est quoi ce niaisage, je ne suis pas de bonne humeur d’autant plus que mon mal ne va pas en s’améliorant et que là j’anticipe la chaleur qu’on va avoir et tout. Il fait 35 degrés et il est maintenant 8 :30 ça promet, j’espère juste que ma gorge va tenir le coup. J’ai encore des rougeurs sur la gorge. Bon on va à l’APIPAC, il signe le papier ensuite on va au commissariat, comme on passe devant la banque, j’arrête et là en plus on doit faire une course pour Mme Sonny, lui acheter un instrument de cuisine qui coûte 100 centimes en bois qui sert à battre la poudre de baobab quand on veut en faire de la sauce et pour lequel nous attendons 45 minutes pendant que le monsieur gosse le bois en question qui en passant s’appelle une namouna.  Le tofasola, lui est le bâton pour faire le .
Pendant qu’on attend, Adama se paie un Nescafé au maquis du coin. Je demande à Adama si ce sont des tams tams que j’entends, il me répond négativement, c’est quoi alors ? Des gens qui battent le Bazin. Quoi ? le Bazin, est un tissu chic qui demande beaucoup d’entretien, c’est comme aller porter son linge chez le nettoyeur, sauf qu’ici , les hommes sont dans une petite hutte, assis par terre sur des nattes, les jambes toutes entrouvertes et faisant face à leur partenaire, au milieu, un billot de bois sur lequel on bat le tissu à grand coup de gros maillet, à un rythme égal comme si on frappait le tam tam, joli musique, mais c’est un travail dur et les gars n’ont pas voulu que je les filme.
Pendant qu’on attend toujours, Adama  me dit qu’il y a beaucoup de touristes à Banfora et que c’est très joli le village quand il y a le noir contre le blanc, que c’est un beau mélange.
Nous quittons enfin pour aller mettre de l’essence. Nous arrêtons un peu plus loin, Adama achète deux sacs de chenilles et un sac de pois sucrés. Tout ce qu’il achète est soit pour la voisine, l’ami, sa belle-sœur, son frère…ce gars là est très généreux, dommage qu’il ne pense jamais à lui, il réussirait peut-être à se sortir de cette foutue misère.
9 :47 nous sommes en train de vérifier la pression d’air dans les pneus. C’est un départ. Il fait déjà très chaud, j’imagine facilement qu’on va se taper un 45 cet après-midi. On va cuire dans notre bolide sans air climatisée.
À chaque fois que je vais quelque part on m’appelle, on m’interpelle TATI tu veux des mangues 500 francs ? TATI des chenilles ??? Tati c’est le nom poli comme tantine.
Adama doit faire la conversation, je ne peux pas trop parler alors je lui demande de m’enseigner des mots, il est d’une patience, mon ange.
Politesses et courtoisies
Dioula/ français/ Moré
·        Alissogoma : bonjour  Ibioco
·        Anigoula : Bonsoir : nizabré
·        Sonoho : et la famille
·        Erressira : t’as bien dormi ?
·        Okakéné : ça va : lafibala
Comment ça va ? en More : Ibetchema




·        Ma possada : ma copine
·        Mamsoi : ma copine et amie
·        Mamsida : mon mari
·        Mamsoi : mon copain
·        Mon ga : mon chum
·        Ma go : ma blonde

Je dois bien apprendre mes chiffres aussi si la prochaine fois je veux mieux marchander
Chiffres en dioula
CHIFFRES

DIOULA
MORE
TURKA
1
KEELE

YEMBO

DENA

2
FILA

YIBOU

HEN

3
SABA

TANBO

SIEL

4
NANI

NANSE

NE

5
DOUROU

NOU

ENDZI
6
WORA

LOBE

NANDE

7
WOLOFILA

YOPPOUE

NREHANL

8
SEGUI

NI

NIRSIEL

9
KONONTON

OUAIS

DEÏSE

10
TAN

PIOU OU PIGA

NONSON


Adama me conte qu’une année il a planté tout autour de son lopin de terre à Fébédougou du JATROFAL, plante dont les graines peuvent être utilisées comme combustible. On l’appelle l’or vert.
Yelcayé : j’ai compris, pas de problème. Alaelogotia ; bon marché

Nous arrêtons à Boromo, pipi, liqueur. J’attends Adama qui est allé se chercher un Nescafé à côté et il est revenu avec une moitié de poulet déjà cuit pour la soupe. J’avais prévu aller voir les éléphants, mais là il fait tellement chaud, je me dis qu’il vaut mieux continuer la route, ça va être trop exigeant. Mais la note que j’avais prise avec moi à l’aller est toujours près de moi je la regarde, Mr. Nana Marcel Caïlledrat, 76-62-65-40. Je n’appellerai pas.


Nous garons la voiture, je veux prendre des photos du troupeau de bovins qui s’en vient s’abreuver au lac du village Asiho. Alors on marche tranquillement en direction de ces derniers quand j’entends des chiens presque s’entretuer, bon bon du calme. Adama est très peureux, il se cache presque derrière moi. Les enfants sortent de l’eau et viennent à notre rencontre, les plus vieux chargés du troupeau nous adressent la parole en premier. Je les prends en photos et ils regardent les résultats à la caméra et rient à pleine dents, pendant que moi je compte les côtes que je vois surgir sous leur peau et dont les ventres arrondis annonce la kwashiorkor. Les nombrils protubérants, mal coupés, mais les sourires….. Que dire. Alors on s’amuse avec eux.












On vient me montrer la dernière prise chassée au lance-pierres, une espèce d’iguane, on dirait ou un jeune croco, je ne saurais trop dire.  Adama m’a dit le nom, mais comme je n’avais pas de papier sur moi en cet instant j’ai oublié la cinquantaine avancée oblige, soyez indulgents.

Antié ( prononcé annetchié) pour ce beau moment, mais je cuis au soleil et malade comme ça, ça ne va pas m’aider. Je suis fatiguée, je prends mon oreiller qui était sur le siège arrière et me couche devant assoupie pendant un bon moment sur la cuisse droite de mon chauffeur. On se tape une bonne bosse et je me relève sur mon siège. Ah !!! on a dépassé POUNI ? Vous voulez vraiment y aller qu’il me dit ? bien sûr, je ne dis jamais rien pour rien ! Alors on retourne sur nos pas. À peine un demi kilomètre, entrons en brousse, on croise des gens, dont trois jeunes avec leurs bagages qui s’en allaient en Côte d’Ivoire en vélo, allo c’est loin en tsi tsi les gars et il y a la guerre là- bas, êtes-vous au courant ? Bon ils nous disent que c’est plus loin. L’affiche disait que c’était le Festival des Masques mais ne disait pas c’était quand alors après avoir demandé à trois personnes qui nous disaient toujours d’aller un peu plus loin on a fini par y arriver. On a croisé une espèce d’amphithéâtre dans le beau milieu de « no where » on se disait que les représentations devaient bien avoir lieu dans cet endroit. Enfin on arrive au village pour se faire dire que ça va être dimanche à 16 heures à POUNI et  samedi à 14H00 à Karbopé. Si on y va il faut demander à Bouia et Passana de nous accompagner, c’est toujours mieux pour être référés. Les masques sont sacrés et strictement réservés aux occasions spéciales alors on ne pourra pas les voir non plus.

Alors on continue notre chemin, c’est comme ça quand on voyage, il y a des choses, des imprévues, des beaux moments et des occasions manquées, comme celle-là. 

Prochain arrêt SABOU, je tiens à aller voir les crocodiles sacrés. Ceux de Tengrela ne m’ont fait aucun effet, sauf pour la giclée d’eau moribonde que j’ai prise en pleine figure. J’espère que ceux-ci ne me feront pas cet honneur.  Arrivée sur place, le monsieur en chaussures de cuir noir, nous amène au bord du Lac. Derechef, à la vue des crocos, Adama bat en retraite et me dit qu’il n’ira pas plus loin. Parfait. Il y a déjà un groupe sur place, ils sont venus pour faire de la danse et de la musique pour une fête au village cette fin de semaine, eux aussi ont envie de voir. Mais comme il y a pas mal de monde et que c’est moi qu’on invite, j’aimerais bien qu’ils aillent très très loin d’où je suis, juste au cas où l’envie de courir en sens opposé me prendrait. Bon, il siffle, il les appelle et devinez quoi et bien ils s’en viennent et ben j’aurai tout vu (enfin c’est ce que je pense) alors il est là avec sa corde il leur demande de s’approcher, il y en a plus d’une centaine dans le lac, mais une dizaine s’approchent, il leur donne des commandements comme : reste là : BANGA ! Premier mot que je dois absolument me rappeler, et le croco qui ne bouge plus et bien deuxième ébahissement, c’est la première fois que j’entends qu’on peut faire écouter un croco. J’avoue que quand quelque chose ne doit pas leur tenter on ne doit pas s’entêter ben longtemps. Alors on me demande si je veux bien tenir la queue, Oh Mon Dieu, je dis mes dernières volontés, vraiment y a des fois ou je me demande pourquoi je fais ça, et j’y vais et je ne pense même pas à avoir peur. Ça doit être la fièvre, la chaleur, un bon mixte pour faire des conneries. Alors j’y vais, je fais attention, je prends la queue, je filme, on me filme. La bouche d’un croco n’a pas de langue, mais j’avoue que les dents compensent largement !!! Un croco peux vivre 100 ans et plus, celui qui s’amène là, le mâle il fait 65 ans. Le soir ils montent au village et se joignent aux villageois, les femelles peuvent même pondre dans les huttes et quand les œufs sont prêts à éclore trois mois plus tard, elles remontent chercher leur progéniture seulement après une bonne pluie chaude. Ils sont sacrés parce qu’ils n’ont jamais tués de villageois et que les villageois ne les ont jamais chassés alors il y a un respect mutuel. C’est quand j’ai vu le gars dans l’eau en train de pêcher avec ses filets et que les crocos le suivaient et bien…. Bon on regarde les kiosques à souvenirs dont les gens qui ont soufferts de la poliomyélite en sont les artisans exposants. Budget 10,000F. J’achèterai un croco et des petits éléphants en ébène pour Lucky et un autre battik de Touro Oma mon ami de Sabou.

https://www.youtube.com/watch?v=WdD0ffB_TVk


Au cours de ce voyage et de celui de mes premiers 10 jours j’aurais parcouru  1953 kms.  Disons près de deux milles kilomètres, sans air climatisée, à bouffer de la poussière, et avaler de grands paysages. Nous rentrons à Ouaga à 6 :00 je suis exténuée, Adama passe devant chez lui et nous y laissons quelques affaires, soit les morceaux de poulet et les chenilles et un peu de charbon pour que sa belle-sœur fasse une soupe pour quand il va rentrer. Il en profite pour me faire visiter son domaine. Mon cœur se serre tellement fort. C’est très dur de voir ça.  Un lit, sur lequel sont posées deux chemises bien pressées qui détonnent dans ce décor lugubre, une moustiquaire, une poubelle plastique dans laquelle est la réserve d’eau, sa chaise en bois qu’il a achetée sur le bord du chemin la semaine dernière et qu’il a couverte d’un coussin d’un vieux sofa abandonné. Avant, il avait une moto, mais là il n’a plus les moyens et elle est à la casse trop vieille. Il n’a pas non plus de vélo. Son modeste logis donne sur une cour intérieure qu’il partage avec ses deux cousins, sa belle-sœur et deux voisines, dont les enfants nus courraient de tous les côtés en me voyant.  C’est son quotidien à lui. Je suis tellement malade, mais soudain je retrouve de l’énergie.

Nous déposons mes bagages et je demande à Adama de m’accompagner pour le souper au petit resto Maxi. Je ne veux pas aller là toute seule parce que marcher à pied pour aller et retour n’est pas souhaitable la nuit tombée. Quand il voit les prix du menu, il veut s’en aller, je lui prie de rester, pour moi ce n’est vraiment pas si cher que ça une pizza pour 4.00 je ne vais pas mourir pour ça. Alors il accepte la recommandation du garçon et commande une pizza sicilienne, et je fais la même chose. Pendant que nous soupons, je me demande comment l’aider sans le gêner, je ne veux pas lui donner un pourboire, il sait que c’était pour le travail. Je lui demande s’il a des projets, un rêve, oui, avoir trois taxis et les louer etc. Mais il n’a pas d’argent et n’en aura jamais. Pourtant c’est un as de la mécanique je l’ai vu faire à plusieurs reprises. Je me dis et si je te donne de l’argent que ferais-tu avec ? La moitié, pour acheter les taxis et l’autre pour le fond de roulement et les pièces et ce n’est pas faux, alors je lui dis je fais un test avec toi, je te donne 10000 et tu signes un papier comme quoi tu t’engages à faire doubler cette somme d’ici à ce que je parte, soit une semaine. Il a signé le papier. Il doit me prouver qu’il est capable. C’est une bien petite somme mais l’exercice est le même, et ce montant là devra aussi doubler etc… Il sait ce que c’est la misère, il a du jugement et saura s’entourer de bonnes personnes parce que c’est un jeune homme de 31 ans foncièrement bon. Mais si personne ne t’as jamais montré les rudiments des affaires comment tu fais pour t’en sortir toi ! Nous sommes partis en emportant les restes qui équivalaient presqu’à une pizza entière. J’imagine déjà la scène se déroulant devant moi. Quand il est rentré à la maison il m’a téléphoné pour prendre de mes nouvelles et me remercier mille fois. Merci à toi Adama, de t’être montré vulnérable tu m’as ouvert les yeux encore plus grands. Tu es un homme bon.

10 :00 La journée a été très longue, je me prends quand même une pilule pour dormir parce qu’ici le matelas est tellement dur, mais je pense à lui et sur quoi il va dormir et me dis qu’il y a bien pire. Je dors, et tousse beaucoup maintenant.

Vendredi 18 mars : problème de pneu

7 :00 j’appelle Carmen, nous devions aller au changement de garde mais elle me dit qu’apparemment ce n’est pas intéressant et que l’horaire est souvent chamboulé et que plusieurs conseillers se sont rendus là en vain. Merci ! Je ne peux pas dire que ça me tentais tant que ça. Je vais déjeuner avec elle, j’enfile trois tasses de thé chaud, ça fait du bien à ma gorge, je lui montre mes vidéos, et elle est partie à rire quand elle m’a vu avec mon foulard couvrant toute ma tête et mon visage, parce qu’il y avait tellement de mouches collantes qui me tournaient autour quand Adama et moi tentions de changer le pneu qui venait d’éclater au même moment ou un autobus nous dépassait, j’ai eu peur que c’était la roue, non seulement un pneu complètement déculotté. Alors, on essaie de déboulonner, y a pas de barre à boulons, y a pas non plus la barre pour le jack on fait ce qu’on peut, c’est un petit vite, celui-là, un enfant de la brousse, ça peut tout faire. Je ne peux pas dire que j’étais furieuse contre mon client, il savait qu’on avait déjà changé le pneu la dernière fois pour être prudents et ils n’ont pas fait réparer le pneu de secours etc… Bon on continue…

https://www.youtube.com/watch?v=OEsh8UalZls


Je remonte à ma chambre, prends mes comprimés, là j’écris à l’avocat. J’en profite pour vérifier mon compte de banque et bien oui mon compte de banque a été crédité deux fois par  l’hôtel quand il y a eu des problèmes alors je  montre ça à la gérante et elle me dit ; oui on s’en est rendu compte, elle n’a pas sauté de joie pour me dire ça on se comprend, alors je lui ai dit de créditer le tout sur la prochaine facture, merci madame. Je leur demande pour la XXXX ième fois soit de changer mon matelas, soit de changer de chambre ou soit que je m’en vais là je suis malade et dois absolument me reposer, je suis quand même ici pour travailler.

Entre temps, Eudoxie est ici pour voir si ça va mon affaire, alors j’essaie de lui parler autant que je peux et lui demande si elle peut intervenir auprès d’u client pour leur demander de me prêter le camion pour la fin de semaine, que je suis prête à payer le chauffeur et l’essence sans problème. Évidemment, Sampebre fait des siennes et dit non. On est ici, ça leur coûte rien, il pourrait au moins rendre service et être gentil. Je vais m’en rappeler et négocier ça avant de partir pour la prochaine mission. Les autres conseillers sont invités à dîner ils font des visites avec leurs clients, je lui demande et vous à ONG vous avez un véhicule, il est pris, comment il est pris tous les conseillers sont ici et personne n’a pris de véhicule. Tu sais quand tu ne veux pas, tu ne veux pas. C’est dommage, parce que c’est ma dernière fin de semaine et je n’avais pas vraiment envie de la passer sur le bord de la piscine surtout pas avec ce que j’ai,  alors j’avais pensé aller faire un tour. Je ne suis même pas allé visiter Ouaga encore. Je serais allé voir les jardins du Président apparemment c’est très joli et Ouaga 2000 question de voir les quartiers cossus etc…tant pis, peut-être qu’il y aura quelque chose de mieux au détour et on avait parlé d’aller voir un artisan du bronze qu’il connait bien et qui m’aurait fait bon prix. Adama m’envoie un SMS pour savoir s’il doit travailler, je ne veux pas lui faire perdre des sous alors je lui dis ce qui en est.

Il est maintenant 18 :11, on doit se rejoindre en bas autour de 19 heures, Carmen Gagnon nous quitte ce soir et le mari de Carmen Cardin lui arrive. On verra bien ce que nous réserve la fin de semaine.

Samedi 19 mars : Ziaré et Leongo


Hier soir je me suis bourrée de toute sorte de pilules pour essayer de dormir, je me suis réveillée à 4 heures et j’ai toussé jusqu’à 6 heures pour enfin m’endormir. M. Sampebre m’appelle à 6 :15, (tu parles réveiller le monde à une heure pareille), il voulait savoir ce que j’étais pour faire avec le véhicule ou aller à quelle heure rentrer aujourd’hui ou demain ? bon j’accepte pour aujourd’hui mais là il me dit que ça va être un autre chauffeur, je lui dis que je voulais aller aux jardins du Président, il ne sait même pas où c’est, et ne sait pas si son chauffeur le sait, je lui dit que c’est Adama qui m’a parlé de ça qu’il doit bien savoir, bon là c’est trop compliqué pour ma petite tête qui bourdonne pleine de morve. Je lui envoie un SMS pour cancellé tout ça.

Entre-temps Adama  a trouvé une voiture, un 4 X 4,  je lui dis OK et je verrai bien qui veut venir avec moi pour partager les frais. Carmen et Benoit prennent ça cool ce matin, Benoit est arrivé hier et doit s’installer, Denise et Michel sont déjà partis au Musée Noréga avec leur client et Réal je n’arrive pas à le joindre.

Alors je dis à Adama, premier arrêt je dois m’acheter du shampooing. À la caisse, je vois Réal qui est là en train de se faire donner de la monnaie, je lui offre de venir avec nous alors on va déposer son épicerie à l’hôtel et il arrive. On va faire un autre arrêt au petit café du coin et on discute de notre agenda pour la journée. Je n’en mène pas large, mais entre ne pas pouvoir être sur le bord de la piscine et le trou de ma chambre et me promener et voir du pays le choix est facile.

Alors Ziare, village du Président et ensuite, Site de Léongo et retour sur Ouaga pour trouver notre monsieur bronzier.  Je n’ai pas regretté ma journée mais ça passé proche. J’en arrache en ostie avec cette extinction de voix qui vire en grippe sinusale. Je saigne du nez à chaque fois que je me mouche et ici le nez coule difficilement parce que ça sèche et ça te fait des galles dans le nez et alors là tu saignes. 

Gando en moré ça veut dire peau. La belle-sœur du président à une tannerie, c’est pour ça l’odeur. Kossodo 






Mais bon, je continue. La route du retour me donne un coup de grâce, elle n’est pas goudronnée et c’est un escalier d’enfer et la poussière AHHHH mon nez. Ma voix. Il ne me reste presque plus rien. Quoiqu’il en soit la visite du parc et les animaux du président, bien chouette mais là il fait 50 degrés à l’ombre ça claque. Éléphanteaux de 8 ans, tigre, babouin, Élan du Cap, hippos…

On continue, on va voir le site de Léongo, site de pierres de granit que des artisans ont sculptées en plein air, on suit un sentier, Réal décide de rebrousser chemin, comme il est déjà venu ici, alors moi je continue encore, on trouve, un petit gazebo pour se protéger du soleil, la brise est bonne mais sèche. Je m’avoue vaincue, je dis à Adama ; on rentre j’en ai assez.


Pendant que nous attendions que la voiture refroidisse avant d’y entrer, je vois un âne qui tire une charrette sur laquelle deux femmes voilées ben dur et un bébé de 10 mois font avancer leur âne. Je leur fais signe de la main comme un bonjour entre femmes, elles lèvent le voile et sourient.

Quand on monte dans la voiture dont les sièges ne sont pas en cuirette comme pendant tout mon voyage mais en tissu et j’avoue que ça fait une très grosse différence, je prends une bouteille d’eau et quand on les croise je demande à Adama de se garer, et dis aux gars ne regardez pas en arrière les femmes. Alors, je me dirige vers elles et leur offre ma bouteille d’eau, elles n’avaient même pas d’eau avec elle, et le petit qui fait dodo assommé par le soleil. Elles arrivaient de Ziaré et s’en allaient au village voisin, on s’est présentées et je leur ai souhaité bonne route et elles n’en revenaient pas comme j’étais gentille d’avoir arrêté pour leur donner de l’eau. Ces femmes sunnites, ont aussi la vie bien dure, je leur ai demandé comment est votre vie ? D’une petite voix elle me chuchote ; passable. Tu me le dis que c’est passable…..Je leur ai dit que j’admirais les femmes burkinabés parce qu’elles travaillent très dur, on s’est serrée la main et souhaitée bonne route à nouveau et j’ai tapoté les fesses de l’âne pour qu’il reprenne sa route avec sa précieuse cargaison de femmes fortes. Les gars m’ont juré qu’ils n’avaient pas tourné la tête. Merci pour ce moment entre femmes. 

Nous continuons, et empruntons une route rouge, en escalier, la pire de tout mon voyage et la poussière m’incommode au plus haut point avec ce foutu mal de gorge,  je me fais un turban et porte le pan à mon nez et ma bouche, je filme, comme nous n’allons pas trop vite j’en profite.

Nous rentrons sur Ouaga, allons voir M. Djerme, mais ses sculptures de bronze ne me fascine pas, je n’achèterai pas. Réal, se laisse tenter par une statuette qu’il veut offrir à un collègue. Nous rentrons à l’hôtel. Je laisse Réal et demande à Adama de m’attendre, je vais aller prendre une douche, me laver la tête, me mettre propre et ensuite on va aller voir les bronziers en face de l’hôtel Indépendance. À plusieurs reprises nous avons tenté d’aller voir ce qu’ils avaient à offrir mais le festival de Fespaco les avaient rendus tellement agressifs que je n’avais plus voulu y aller. Adama me prend par la main et me dit : comme ça ils ne vont pas t’ennuyer, j’avoue que ça marché. On a fait toutes les petites échoppes et j’ai arrêté mon choix sur une belle sculpture, et après avoir marchandé j’ai décidé de revenir le lendemain. Une fois dans l’auto, Adama me dit : tu en a  trop rajouté, bon, je le savais, ok. Demain on y retournera et je dirai que j’en n’ai pas assez et on verra.

J’emmène Adama dîner avec moi, je règle sa note de frais pour la location du véhicule en même temps, il me laisse à l’hôtel, je n’en peu plus, j’ai mal au cœur, je fais de la fièvre 100,1, je prends une douche froide pour faire baisser la température de mon corps, je suis comme un zombie, je reprends des pilules, me mouche, me remouche, tousse et retousse. Je fais couler la douche pour faire un peu d’humidité, ça m’aide à moucher davantage. Les comprimés font effets, je finis par tomber de sommeil en regardant les nouvelles que la Lybie est en train de se faire bombarder et j’avoue qu’il n’y a plus rien qui me touche en cette heure.  Je me réveille à trois heures, et refais couler la douche pour plus d ‘humidité. Je reste là assise sur la bolle de toilette et me dis que c’est bien dommage de terminer mon voyage sur cette note pourrie. Je veux retrouver ma santé.
Je dois travailler encore toute la semaine et Adama avait prévu venir me chercher pour aller faire un tour de mobylette et moi qui pense juste à faire venir le médecin à ma chambre. IL voulait que je retourne dans sa famille pour que ses cousins, leurs femmes etc… puissent me remercier pour les restes de repas que je leur ai offert. Quoi ? Non, non c’est bon.  Non, ils veulent te connaître, ils n’ont pas l’occasion d’aborder les blancs et tu es si gentille et donc ils vont connaître une blanche gentille qui prend soin de moi. Bon on verra. Demain est un autre jour.

Dimanche 20 mars : lunch dans la famille d’Adama et clinique médicale


Je vous écris et ne sais pas toujours quel bord va prendre cette foutue grippe. Hier j’avais prévue me faire une journée beauté, donc j’ai pris rendez-vous avec une femme pour un pédicure, manucure et elle m’a aussi fait un henné sur le bras et sur la cheville très joli. J’ai eu des félicitations de bien des femmes, une avocate entre autre. J’ai aussi fais ma couleur, parce que les cheveux ici ils en prennent un coup, ils deviennent très secs et très peu coiffables. Je ne sais pas trop ce que je vais faire.

Sûrement qu’Eudoxie va vouloir que je vois le docteur alors à suivre. Et bisou à tous. Dimanche prochain je serai avec vous et donc il y aura une missive mais de vive-voix. Bisou encore.

C’est la fête de mon frère David. Je vous laissais dimanche en vous donnant une petite idée de ce que j’allais faire, alors ce fut manucure et pédicure, et les deux filles qui sont venues Awa une très grande et forte fille et l’autre tout le contraire Biba, petite et menue une petite fouine qui parlent français puisqu’elle a été élevée dans un orphelinat. Awa mère célibataire d’une fille de 4 ans dont les parents n’ont pas voulu qu’elle marie le père de l’enfant qu’elle aimait. Alors Awa me sable les mains à la pierre ponce rugueuse ensuite avec une autre plus douce, suivra un gommage, un massage et enfin l’application de vernis. Biba 76-08-00-8 a oublié les vernis elle est donc retourné les chercher à son retour pendant que Awa 76-30-83-71 avait commencé le même traitement à mes pieds elle s’applique à me faire un tatouage au henné sur la main gauche et ensuite un bracelet à la cheville droite. C’est Joli, mais le motif de la main gauche est un peu gros et me gêne un peu. Enfin, j’ai été tranquille toute l’avant-midi. Je réfère mes bienfaitrices à ma collègue Denise. Elle m’avait dit une heure de traitement mais en fait ça en a pris deux. Bon 7,500F soit $15.00 une aubaine,  au Canada je n’ai pas les moyens pour ça, c’est sûr.
Ensuite, Adama m’a invité à aller manger dans sa famille, laquelle voulait remercier l’étrangère qui avait donné la pizza l’autre soir et il devait passer me prendre en moto. Comment dire non ? Alors, chemin faisant il me montre l’énorme stade et autres endroits, à mon arrivée, la famille m’accueille chaleureusement, en attendant de passer à table, Adama m’invite dans sa modeste demeure et me demande de lui montrer comment fonctionne ma caméra, parce que l’autre jour quand on est allé au jardin du Président il voulait me prendre en photo mais réalisait que ça ne fonctionnait pas quand il regardait les photos c’était flou alors j’ai pris le temps de lui expliquer et là il a pris ma main et l’a mise dans la sienne et a dit tu sais l’autre jour je t’ai dis comment c’était beau le contraste du Noir et du Blanc à Banfora ? Oui, et bien c’est la photo que je veux prendre, ta main dans la mienne, ouf…. Ok, alors là, il a fait quelques photos comme ça et ensuite il a posé sa tête sur mes épaules a pris une photo et il a dit, j’ai une amie étrangère canadienne et toi tu as un ami Africain. On va manger. Ok. Oups, j’espère qu’il ne pense pas à petite amie mais bien amie.

Au menu, soupe aux chenilles dans sauce tomatée, pain baguette qu’on trempe dans la sauce et une espèce de macaroni, un thé chinois servi comme si c’était un café turc. Bon, comme j’ai bien mal à la gorge et que j’ai déjà mangé les chenilles et que ça ne goûte rien, je me suis dis ; je vais en manger une ou deux par politesse et ensuite j’ai pris du pain mais comme je m’étouffais même avec le pain le lunch a été très court et j’avais dit à Adama max une heure ensuite je rentre.
Alors, c’est ce qu’on a fait, au retour nous sommes arrêtés à la banque tirer de l’argent pour que je puisse acheter mon bronze, la banque a bouffé ma carte dès la première transaction. Je suis bien fâchée et le démontre au gardien qui appelle son supérieur et qui me dit que je dois repasser lundi à la banque. Ce que je soupçonne c’est que l’hôtel a tellement fait de transactions l’autre jour sur ma carte que là ils l’ont complètement bloquée et que je n’aurai plus de carte pour finir mon séjour. La grande gribiche de Colette elle va avoir de mes nouvelles elle cet après-midi, si c’est le cas. Même pas capable de vérifier s’il y a du papier dans la machine avant de la faire passer 7 fois ALLO !!!!
Bon on arrête prendre un coke au Jardin de l’Amitié, totalement approprié, et je rentre, je n’en peux plus. Merci Adama, pour le lunch et le tour de moto. Comme je sais qu’il n’a pas une cenne, il a emprunté la moto et donc dois rendre une faveur à quelqu’un pour ça. On s’est entendu pour se revoir mardi en fin de journée, il me demande gentiment la permission s’il peut dire à sa mère qu’il a une amie canadienne. On s’entend ici amie et non pas petite amie, oui, oui, ici on ne peut pas parler les gens si on n’a pas leur accord. Bien entendu.
Le tour de moto a été bien agréable et on a pas mal moins chaud que dans une auto, mais je ne ferais pas long feu là-dessus, mes eschions le savent et les accrochages et accidents sont si fréquents ici, mais une fois ça valait la peine et le dimanche il n’ y a vraiment pas trop de circulation.
Au retour, à l’hôtel, je m’empresse de téléphoner Eudoxie, ça y est, j’ai décidé d’aller voir le docteur parce que quand je me penche la tête elle veut exploser, c’est assez !
Elle me dit qu’elle va passer vers 6 ;30. On s’en va à la clinique, qui avant, était au centre-ville mais récemment déménagée complètement dans le quartier 13. Bon on y va. Eudoxie, ne sait pas conduire. Elle est collée sur le volant, n’utilise aucun miroir, se promène de la gauche et tourne à droite c’est affolant, je lui demande même si elle sait qu’elle doit conduire du côté droit de la route. Il fait noir, les gens arrivent sur nous, Oh my God ! On arrive e peine et de misère. J’ai peur à ma vie ! Citron de bine l’ONG devrait s’assurer qu’ils ont les compétences nécessaires pour assurer nos déplacements surtout quand on est malade. Bonté divine !!! Le quartier ??? Je vous dispense des détails. Derrière le mur, une clinique, j’entre, me présente, on me dit d’aller m’assoir à côté, l’Infirmier Cassivi, prend ma pression, ma température, mon pouls. Je dois m’assoir dans la salle d’attente et attendre que le docteur arrive. Ok Je discute avec Eudoxie et BANG ! Plus d’électricité, encore une fois, ici ça coupe à tout bout de champ, on s’y habitue, mais là je me dis que le groupe électrogène va embarquer c’est quand même une clinique et bien non on est dans l’obscurité la plus totale. OUIN !!!
C’est une chance qu’Eudoxie soit là. J’arrive même pas à lui voir le blanc des yeux tellement il fait noir ni même voir mes propres mains, c’est quelque chose !!! Finalement, la docteure a téléphoné et elle a dit qu’en attendant l’infirmier va me prendre une prise de sang et me donner un soluté en fonction de ce qu’il lui a dit que mes symptômes étaient. Bon, mais comment tu vas faire pour voir ou tu vas me piquer ??? Oh j’ai un flash light OH MY GOD !!!! Bon comme il est très doux, et très gentil je le suis et je dis à Eudoxie, si tu m’entends crier tu accoures.

Lorsqu’ il me fait coucher sur l’espèce de banquette en cuirette,  je remarque qu’au plafond, grâce à sa flash light, qu’il y a des lézards qui courent de gauche à droite, bon mes compagnons soyez gentils ne me tombez surtout pas dessus quand il va me faire la piqûre d’accord ? la pièce ressemble plus à une cuisine dont tous les panneaux d’armoires sont ouverts et presque vide faute de pansements et de médicaments.
Alors, j’ai droit à une prise de sang, et une perfusion de Ringer lactate, du Perfalgan (antidouleur), du Bricanyl (antiallergique), du Solumedol (bronchodilatateur) . La docteure arrive, je tousse comme une perdue en tentant de lui expliquer ce que j’ai, et la réaction que j’ai eu à la pompe cette semaine. Elle m’ausculte, mes ganglions sont enflés etc… Bon traitement choc, réhydratation, autre perfusion et injection sous-cutanée (quand Cassivi me fais celle-là il s’excuse à l’avance, ça promet, bon elle fait mal, je ne dis pas un mot. Il me dit que je suis bien courageuse. Il semble qu’en Afrique de l’Ouest les gens d’ici ont bien peur des piqûres. Moi ça m’est égal.
Ce jeune homme vient du Togo, il a fait ses études universitaires ici au Burkina et y a trouvé un travail pour lequel il  n’arrive pas à joindre les deux bouts et doit faire d’autres boulots pour arriver financièrement. Il a, à cause des autres boulots, pu s’acheter sa case. Nous qui sommes en pénurie d’infirmiers au Québec comment ça se fait que ce beau jeune homme attentionné à son travail ait accusé trois refus auprès de l’Ambassade canadienne. Les Togolais ont été colonisés par les Britanniques et les Allemands dont Cassivi parlent les langues en plus du français qu’il maîtrise parfaitement et de trois dialectes africains. Mais je me dis que j’ai de la chance qu’il soit ici sinon qui m’aurait si bien soignée.
Le soluté entre mais trop vite et là je commence à sentir mon pouls dans ma gorge et je me dis que ce n’est pas bon signe, je prends mon pouls wow ça va bien trop vite ça. J’attends encore un peu, la docteure entre au même moment et je luis dis : mon pouls s’affole, elle baisse aussitôt le débit de la perfusion ouf ! Bon, Cassivi reste à mon chevet. On me dit que je devrai payer la note de frais de la docteure, oui mais j’ai une assurance, on ne la prend pas ici, il faut être hospitalisé, ici c’est une clinique, il vous faut avancer les fonds et l’assurance vous remboursera. Bon, Eudoxie se charge de voir à ça pour moi demain, sinon on reviendra payer, dans la mesure où je peux récupérer ma carte de crédit. Sinon, j’ai su par Denise qu’il y a une seule banque qui prend Master Card et Michel sait ou elle est, alors au besoin j’appellerai Michel. Je rentre finalement à 22 :15. Après avoir passé à la pharmacie de garde, un peu chancelante, avec au fond de l’estomac un morceau de baguette au fromage et un thé au petit déjeuner, deux chenilles pour le lunch, un coca parce que l’eau je n’en pouvais plus, et pour souper des intraveineuses. Ça ne fait pas des enfants forts ça !!! Je prends, mes médicaments et me couche. Yendol en sachet trois fois par jour, Fluditec 5% trois fois par jour, Euphon en pastille, et Stérimar de cuivre, vaporisateur nasal 4 fois par jour. On niaise pu. Résultat : Rhinopharyngite grave. Je tousserai toute la nuit et me réveillerai à 6 :30 pour aller prendre mon petit déjeuner et vous écrire.
Reçois un SMS ; meilleure santé mon BB, je veillerai sur toi à distance, je te sens à mes côtés, de tout cœur, Bonne Nuit, gros Bisou, Adama.
Amie, petite amie, je pense que ce n’est vraiment pas clair.






SEMAINE  5


Lundi 21 mars : rencontre avec Mme Sonny


J’attends Mme Sonny avec laquelle j’ai rendez-vous afin que nous puissions discuter de l’évaluation des avocats qui serviront le prochain  regroupement. Je me dis que pendant ce temps le Japon se relève de son tremblement de terre/ tsunami/ radiations nucléaires (ils ont dû faire quelque chose de vraiment dégueulasse pour mériter tout ça dans la même journée), les Libyens sont en guerre, Louise ma sœur s’est tapée la dengue à Punta Cana, la majorité des Burkinabés en arrachent, et que mon mal de gorge/sinus/ etc… est bien minime à côté de tout ça. Mme Sonny arrive, nous discutons de son voyage à Ouihigouya, de mes multiples aventures.
Je téléphone Me. Zoure, ensuite elle place quelques appels pour joindre d’autres notaires. Elle me conduit à la Banque pour que je puisse régler le problème de carte de crédit, plus de peur que de mal, ce n’était dû en fait qu’à une panne de courant, merci.
De retour à l’hôtel, nous discutons des diverses possibilités de la mangue jusqu’à ce qu’une idée me vienne, de l’alcool de mangue, je ne crois pas que ça existe. Je demande à Louise de vérifier à la SAQ. Ça serait une bonne idée et la bouteille pourrait avoir la forme de la mangue et déjà je délire sur les bénéfices. Bon je  pense qu’on tient un filon ici, il y a aussi la possibilité de faire une beurre de mangue des huiles essentielles enfin des tas de trucs on verra bien. Elle me quitte en début d’après-midi. Nous devons nous revoir demain matin 8 :30.
Je mange une bouchée à l’hôtel avec Benoit et Carmen et rentre dans ma chambre à 14 :00, fais un peu de ménage dans mes valises et fait ma teinture. Pendant ce temps je commence à jeter les grandes lignes de mon rapport sur l’ordi. Je me lave la tête, me coiffe.
Eudoxie m’appelle pour me dire qu’elle va passer. Je travaille sur mon rapport quand elle arrive. Elle prend des nouvelles de ma santé et je lui fais part de ma déception que le projet ne soit pas aussi avancé que je l’aurais souhaité, dû au fait que les membres ne se sentent pas prêts à aller de l’avant. Je sens qu’ils ont besoin qu’on leurs prennent la main, mais je ne peux pas toujours être là, le relais, le notaire que nous choisirons. Enfin, elle me quitte, je continue à travailler jusqu’à 6 :30.
Depuis que Benoit est arrivé on va manger plus tard. Enfin le Coq Bleu, est ouvert, la gang a tenté d’y aller hier ils avaient commandé et tout et vlan ! La panne, alors ils se sont rabattus sur un restaurant chinois qui apparemment est très bon. Bien leur en a pris puisque ce soir je peux les accompagner, nous faisons donc un quatrième essai pour aller manger à ce restaurant français, très bon. Et vlan ! La panne de courant encore, sauf qu’on a commandé assez tôt et nos gamelles arrivent bien garnies, moi j’ai pris un osso bucco délicieux, les autres des brochettes de bœuf très bonnes, Réal a pris une escalope de porc au pernod avec champignons aussi très bon et Carmen des pâtes.
Mon infirmier Cassivi me rejoint sur mon portable, apparemment il est passé à l’hôtel pour voir comment j’allais, on appelle ça du service ou une autre sorte de piqûre ??? Je lui dis que je vais passer demain vers 12 :00 pour aller payer ma note, laquelle sera de 45,100 FCFA. ($90.00cd) et 9,000 FCFA, pour les médicaments. Nous rentrons, j’achète 6 bouteilles d’eau en passant le magasin du coin. Je me couche le ventre plein et rassasiée. Je n’ai plus d’argent dans mon téléphone, Zut. Quand tu ne veux pas de carte ils te courent après et quand t’en veux une tu ne les vois plus !!



Mardi  22 mars : L’armée se déchaîne


Il fait frais, hier à 11 heures il faisait déjà 42 ! Plus on va vers le mois d’avril plus il fait chaud et sec. Le vent du sahel souffle. Les médicaments commencent à faire effet, sauf que je tousse la nuit, ça m’épuise.
Bon ce matin, les notaires, ensuite, la facture des frais hospitaliers à régler et ensuite je dois rentrer travailler sur mon rapport que je dois remettre demain en fin de journée.
Je bosse et bosse, mon dossier avance bien, Je reçois les infos de Me Zoure, je trouve sa note super salée. La gang s’en va souper, je décide de rester pour avancer ça le plus possible pour être capable de prendre l’avant-midi de demain peut-être au bord de la piscine avant de retourner au Québec.
Adama m’appelle pour me dire qu’il peut louer une moto et venir me chercher pour que j’aille prendre mes bronzes, d’accord. Alors, on passe chercher les bronzes et ensuite on partage un plat de poulet au Moulin Rouge et on va écouter de la musique au Jardin de l’Amitié, il y a de la bonne musique ce soir et il y a une grande échasse (dans le vrai sens du terme) qui se fait aller sur la piste de danse.
Tout à coup le téléphone d’Adama n’arrête plus ; Où es-tu ? Que fais-tu ? Vas-t’en à la maison, Il faut te mettre à l’abri…. Alarmé Adama me dit : on se barre. Apparemment, l’Armée tire des coups de feu dans son quartier. Alors on saute sur la mobylette et il vient me reconduire à l’hôtel. On ne niaise pas avec ça. Surtout qu’en matinée, avec Mme Sonny nous étions passées devant la caserne et le Mess et il semblait y avoir de l’action, alors j’allume et fais un plus un font deux.  Sauf qu’en arrivant à l’hôtel, on voit les coups de feu et on les entend. Ils sont vraiment très près de nous, et ça devait être dans le quartier 17 et ici on est centre-ville !!!! Adama on rentre dans l’hôtel, le gardien, mon colonel à moi, nous dit c’est plus sage. Je ne peux quand même pas renvoyer Adama là-dedans, j’aurais un mort sur la conscience. On va monter, il m’avait dit qu’il voulait voir les photos de quand on est allé aux cascades. J’installe l’ordi et là les feux deviennent vraiment menaçants, je n’ai pas la tête à regarder des photos, je les vois ils sont dans la rue.
Adama, je vais avertir mes amis du danger qui nous guette. J’appelle, Denise, Réal, Carmen….J’avertis Denise que je vais descendre dans le lobby pour envoyer un mail ou tenter de skyper ma famille pour les aviser de la situation et leur dire que je suis en sécurité et que je suis à l’abri à l’hôtel. L’ordi de maman n’est pas ouvert, j’appelle, Michel le mari de Lyne Girard, dit à maman de ne pas s’inquiéter, j’appelle tante Huguette, même message.
Les feux de mitraillettes, pètent presque dessous ma fenêtre. J’essaie de ne pas montrer que nous sommes là à les regarder. J’éteins toutes les lumières, et je les filme. Ils déambulent dans la rue, et tirent des coups aléatoirement, ça fait partir les systèmes d’alarmes de la jeep qui est là au coin de la rue. Comment un gouvernement peut avoir une armée qu’il ne contrôle pas ? Apparemment, il y aurait eu un jugement de rendu contre un dès leurs et ils démontrent leur mécontentement. Aye ! Les enfants, c’est l’armée ici, pas une cantine ou on vend de la crème glacée pour enfants gâtés. Intègre : Qualité d'une personne qui ne se laisse entamer par aucun vice. Le ministre de la défense devrait leur entrer ça dans le crâne !!!!
Adama et moi on continue à regarder le malheureux spectacle qui se déroule devant nos yeux. Comment essayer de dormir dans de telles conditions. J’organise un lit de fortune avec les deux coussins des sofas de mon bureau et lui donne un drap. Essaie de dormir. C’est à mon tour de m’occuper de lui. Sauf que deux minutes après ça se met à pétarader et à retentir vraiment comme s’ils étaient là, à côté de nous, dans la chambre à côté. J’ai le nez collé à la fenêtre à filmer, il vient me retrouver. Il met son bras autour de mes épaules, comme pour dire ; ça va aller, je suis là, en fait c’était très réconfortant de savoir que je n’étais pas seule, ( mais je ne voulais pas lui donner de fausses impressions) Carmen était avec son Benoit, Denise avec son Michel et Réal sillonnait le lobby de l’hôtel. Ça duré comme ça de 23 heures à 5 :15 juste un peu avant la prière.
5 :29 l’alarme d’Adama annonce l’heure de la prière. Apparemment ça commencé plus tôt vers 9 :00 PM mais nous on ne l’a pas entendu avant 11 heures PM. On n’entend plus un son de fusil, ni de mitraillette, ni d’autres gadgets du genre, ni l’appel à la prière. Adama se lève et me dit qu’il va partir. Sois prudent et appelles-moi quand tu arrives. Le téléphone sonne. Adama me rappelle. Ils ont saccagés des boutiques de cellulaires et maintenant les stations d’essence sont fermées. Il ne sait pas s’il va travailler. Le commis à la réception de l’hôtel qui nous a accueillis hier soir, me dit qu’il a eu peur. Aussi étrange que cela puisse paraître, je n’ai pas eu peur, je n’ai pas aimé mais ce n’était pas de la peur.

https://www.youtube.com/watch?v=XvxpgcPgs1Y


Maintenant, la vie à repris un petit peu dans la rue derrière l’hôtel, mais ce n’est vraiment pas le même débit que d’habitude. Ceux qui n’ont pas le choix, les démunis, les hommes intègres, comme Adama, eux doivent faire face à la musique. Moi qui croyais que le Burkina Faso était tranquille. Pas plus tard qu’hier à 18 :30 j’avais envoyé un courriel à Réal M. pour lui dire que j’étais intéressée par une autre affectation, cette fois-ci à Fada, mais là honnêtement je vais y penser à deux fois. Les films que j’ai pris sont assez réels.




Mercredi 23 mars : rencontre avec le client après la rébellion de l’armée


Je suis au bord de la piscine, j’ai skypé avec ma gang, hier, comme je l’avais prévu, ça été une journée tranquille. J’ai eu du mal à me concentrer sur mon rapport. Comme je n’ai pratiquement pas fermé l’œil de la nuit, la fatigue me rejoint. Bon je donne un coup et termine.  Je dois aller voir mon client à 15 :30, le chauffeur vient me chercher.
Les rues sont vides, il n’y a plus de commerçants, ils ont pillé les stations-service, les revendeurs de cellulaires, saccagé à quelques endroits. C’est tellement dommage pour le peuple Burkinabé qui travaille tellement fort, et pour certains d’entre eux une journée de travail gâtée veut dire incapacité de rencontrer ses obligations, c’est tellement limite ici, et ces têtes folles qui réagissent comme des bébés gâtés sans penser aux conséquences de leurs gestes, je te jure qu’ils seraient puni assez sévèrement, si j’étais Ministre de la Défense et si j’étais leur mère ils auraient droit à une paire de claque sur les fesses !!!!
Je suis partie de là à 19 :15, les rues étaient encore vides et de plus il y avait panne de courant, pour faire changement. Alors j’ai appelé la gang pour savoir où ils iraient manger et cela ne m’a pas surpris quand ils ont dit ; on reste à l’hôtel. Alors dès 9 :00 j’étais déjà couchée et j’ai passé une très bonne nuit sans tousser une fois.



Jeudi 24 mars : visite de l’orphelinat


Je me suis réveillée à 7 :30 un vrai luxe. Aujourd’hui, j’ai finalisé mes recommandations et pris une heure de soleil au bord de la piscine. Rentrée, douchée et là je vais manger un bol de riz. Cet après- midi j’ai reçu une invitation de la part de Mme Sonny de visiter l’orphelinat et le centre des veuves que sa mère a mis sur pied. Réal en profitera pour offrir les produits pharmaceutiques qu’il a ramenés du Québec et un gros paquet de Bic etc… et demain sera la fin ou le début d’une autre mission….
On a eu quelques problèmes à se rendre à l’Orphelinat, aujourd’hui c’est le peuple qui se rebelle contre son Armée et scande : l’Armée c’est des voleurs ! en faisant brûler des pneus aux coins des rues.




Eudoxie m’appelle, ils n’ont pas retenu ma candidature, pas grave, je vais passer à autre chose et honnêtement vu les circonstance j'en suis pas fâchée. Adama passe me prendre vers 19 :00 pour faire un tour de moto, mais les rues sont complètement noires, panne de courant dans notre quartier. Alors, on va aller au resto ou Micheline travaille à l’hôtel Yibi. Micheline y est avec Eudoxie. Je présente Adama à Eudoxie, ils s’étaient déjà parlés au téléphone quand j’ai perdu la voix à Bobo. Je lui dis que si elle a besoin de chauffeur pour accompagner des conseillers volontaires dans des excursions les fins de semaine, elle peut dormir tranquille avec Adama. Je l’ai chaudement référé. On jase un peu, elles nous quittent, on termine notre repas, avocat et capitaine avec alocos frits, une crêpe au chocolat. 
Pour revenir à la mère de Mme Kabore, la mère de Mme Sonny, celle-ci a élevé 8 enfants seule, son mari est mort jeune, et elle a réussi à tous les envoyer faire des études universitaires, aujourd’hui, il y a Blandine qui a une usine de mangue séchées, Lucie qui est pédiatre, il y a deux ingénieurs, une pharmacienne, un architecte, et je ne me rappelle plus des deux autres mais quand même et en plus elle a fondé une orphelinat, une maternelle, une école qui va jusqu’en 12ième année et maintenant un mini hôpital où on peut recevoir des soins pendant 48 heures sinon après on t’envoie à l’hôpital au besoin. Je lui dis Chapeau Mme Kabore ! Si j’ai des sous à envoyer ce sera à elle, c’est sûr.



Vendredi 25 mars : Cystite ?!!! et départ pour Montréal


Ça fait quelques jours que j’ai des petits saignements et je me demande si ce n’est pas des menstruations, parce que les patchs pour la ménopause, ça tient pas fort avec la chaleur, alors je laisse passer, mais ce matin après mon rendez-vous de remise de rapport à mon client en compagnie de XXX  (qui veulent connaître la satisfaction du client) j’ai besoin d’uriner, et rien et ça chauffe, OHOHO. Je quitte le bureau avec Mme Sonny qui me raccompagne à l’hôtel et chemin faissant, je lui demande d’arrêter dans une pharmacie pour acheter des serviettes sanitaires, ok, plus loin je lui redemande d’arrêter dans une autre pharmacie, c’est sûr ça ressemble trop  à une cystite, bon on me donne du cipro ok, je n’arrive même pas à l’hôtel sans tenter de me retenir. C’est pas bon signe.
Mme Sonny doit me remettre des sacs d’arachides pour sa fille qui habite au Québec, elle revient à l’hôtel et pendant ce temps moi je suis assise sur la bolle de toilette incapable de me lever de là tellement je tremble.
Je n’arrive pas à répondre à son appel téléphonique. Elle doit être à la récpeton , et je me dis elle va partir et elle est ma seule chance, parce que je n’arrive pas à joindre Eudoxie. ( J’ai su plus tard qu,elle était en train de faire son chemin de croix, AYOYE et moi le mien). Je renfile mon pantalon et descends rapidement dans le lobby et quand elle me voit elle prend peur, je lui dis de me suivre en enjambant les marches d’escaliers deux par deux pour me dépêcher à me rassoir sur la bolle de toilette. NON ! Non ! Non !, toi tu viens avec moi tout de suite on va chez ma gynéco qu’elle appelle à l’instant et qui nous dit d’arriver. Ok mais comment je vais faire même pour me rendre là ? J’en ai des sueurs. La gynéco m’invite à passer un test, Oh mon Dieu, bon, confirmé sérieuse infection urinaire, très certainement due à tous les médicaments que j’ai pris ces derniers temps et légère infection vaginale, ça aussi une réaction à la pénicilline. Arrivée à l’hôtel, j’appelle Denise, amènes-moi du papier de toilette et Carmen vient aussi à mon chevet, elle m’emmène du yogourt. Merci les filles. Comment je vais faire pour prendre l’avion ce soir ? C’est impossible comme ça, que je me dis, j’ai peine à marcher. La gynéco s’est fait rassurante et m’a donné un traitement choc, suppositoires Proferid, cipro, vagilène et exacyl ( 10,000FCFA plus tard) et je reste allongée jusqu’à 16 heures, je n’ai tellement pas bougé que j’ai les empreintes de mes lunettes de soleil sur ma fesse, je fini par dormir un peu, me réveille à 15h50 et me dis que c’est un miracle, ça fonctionné, je ne suis pas rétablie, loin de là mais au moins je serai capable de prendre mon vol.
Au bras, je porte mon nouveau cadeau, Mme Sonny m’a fait faire deux bracelets qui portent mon nom, merci pour cette marque d’affection et être mon amie. Ouf, je termine mes valises, règle ma note, mange une bouchée avant de partir et salue mes nouveaux amis.
À mon arrivée à l’aéroport, Mme Sonny était là pour me dire au revoir, je devais aller porter mes bagages et revenir, mais ça n’a pas été possible, désolée. Un de mes bagages est trop lourd, ma statue de bronze devra changer de valise. Ensuite, c’est mon masque que l’on dit objet contendant, bon enfin on me laisse passer. Micheline doit rentrer au Québec, sa mère de 102 ans a subie une opération de la hanche et là elle ne sort pas de son anesthésie alors elle rentre aussi avec moi, sauf qu’elle continue avec « Air Franche » et moi je transfert Air Canada à Paris.
L’envolée a été difficile, l’avion était plein à craquer et ma compagne de siège, prenait toute la place et n’arrêtait pas de gigoter et de me réveiller sans cesse. Je suis maintenant arrivée au terminal A2 porte 38 et attendrai 6 heures avant d’embarquer pour retrouver la famille et mon Zorro (mon chien, un terre-Neuve). Je trouve ça tellement stupide qu’ils nous confisquent nos bouteilles d’eau. Je dois boire beaucoup et prendre des médicaments et là ben pas d’eau. Je vais essayer de me coucher par terre au moins une heure. Je n’en peut plus.
En général, je suis en excellente santé mais au Burkina j’ai été éprouvée, diarrhée en partant, ensuite un mal de gorge qui a dégénéré et pour lequel j’ai dû prendre un tas de médicaments et qui a provoqué une infection urinaire et une vaginite. Je devrai faire plus attention aux moindres symptômes la prochaine fois.
Sur le vol de Paris-Montréal, je serai assise à côté de S. B, un nigérien d’origine Bukinabé, qui habite Laval, trop drôle. Enfin on discute, il est informaticien chez Transat, je lui conte que dans ma jeunesse j’ai fréquenté Jean-Marc et lui prie de lui transmettre mes salutations. Nous garderons contact.
Jeudi soir avant de partir, Adama, m’a dit qu’il avait parlé à sa mère et qu’il lui avait dit que son cœur était finalement pris et que c’était par une blanche, une étrangère, plus vieille que lui. Sa mère lui a demandé ; alors quand allez-vous venir à la maison ? Et il lui a dit que je repartais pour le Québec et que ce serait à mon retour. Mais il m’a dit, je sais, tu n’as rien fait, mais mon cœur est pris de toi et il t’appartient… et c’est depuis le jour où je vous ai vu, la première fois dans le bureau, mais vous étiez ma cliente, et je ne pouvais pas, … et Oh ! Mon Dieu….
Mais Adama, je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas te promettre que je vais revenir, je ne peux pas te demander de m’attendre et si je ne viens pas ? Tu as 31 ans et moi 53 ans, tu pourrais être mon fils et un jour tu voudras des enfants, tu ne peux pas penser ça, mais j’ai beau lui dire tout ça et m’en convaincre, je le vois bien, il est épris, dur.
Il m’a dit ; au moins ma mère peut mourir en sachant que j’ai aimé un jour quelqu’un… ouch ! Il sait qu’il est pauvre et ne pourra jamais avoir de femme. Il m’a déjà téléphoné deux fois pour prendre de mes nouvelles, je sais que ça le ruine, comment l’éconduire ? La lettre qu’il me glisse dans les mains est plus que touchante, c’est celle d’un homme intègre.
Je me demande comment deux êtres aussi différents, un blanc, l’autre noir, un catholique, l’autre musulman, l’un nantis, l’autre pauvre, ont-ils faits pour se croiser, se rencontrer, partager, échanger, rire, devenir amis, comment est-ce possible ?
Il a laissé  un SMS sur mon portable ; B.B. Je suis pressé d’entendre ta voix qui peut me tuer.




En dioula ; Bife et n’djarabirila (je suis amoureux de toi)
More : Ikokodzigné (tu me plais)
Turka : Chongmaldolmila
Se le faire dire en trois langues, je pense que le message de l’homme intègre est clair.


















Je voudrais remercier tous ceux et celles qui ont rendu ce voyage d’affaires possible, mon client : M. T. et Mme Sonny ma précieuse compagne de voyage et infirmière, Eudoxie qui m’a accompagnée à l’hôpital, à mes collègues conseillers volontaires qui ont agrémenté mes excursions, qui ont été à mon chevet et qui ont animé mes soirées autour d’un bon repas, Carmen G, Denise V., Michel, Marcel J., Réal N. Carmen C. et son Benoit B. et Adama un homme intègre, qui m’a été d’un grand secours à Bobo !


Samedi 16 avril : le retour et l’armée


Je suis de retour depuis le 26 mars, déjà il y a eu des manifestations à Ouaga, on a établi un couvre-feu lequel a été levé et ré institué. Cette semaine la situation a dégénérée, le Président Blaise Compaoré à dissout son gouvernement dirigé par le premier ministre Tertius Zongo, et procédé au limogeage du chef d'état-major des armées, le général Dominique Djindjéré qui est maintenant remplacé par le colonel-major Honoré Nabéré Traoré
Le Président résiste depuis février à des mouvements de colère de diverses sources, étudiants, soldats et le peuple. Jeudi et vendredi, il a été confronté à une nouvelle mutinerie de sa propre garde présidentielle, qui s'est étendue à d'autres casernes et d’autres militaires.
Il ne s'agit pas du premier mouvement de protestation de militaires. Fin mars, des militaires en colère, qui protestaient contre la sentence de certains de leurs confrères inculpés dans une affaire de mœurs et de viols, s'étaient emparés d'armes de guerre dans des garnisons de plusieurs villes, j’en ai déjà parlé. Cette semaine la situation est différente mais les moyens de pression sont les mêmes i.e. qu’on tire partout, on casse, on pille, on saccage, on a noté cette fois 45 blessés et des cas de viols. Carmen dont le mari est encore à Ouaga a vu un homme très grand portant une cagoule entrer dans le lobby de l’hôtel Pacific lequel a été saccagé. Apparemment, Benoit serait monté à sa chambre et s’y est isolé.
Voici un article que j’ai envoyé à CNN ce matin:
Recently, I was in Burkina Faso and the events there seems to be getting out of hands for the President Blaise Campaore.
Last Friday he has dissolved the government lead by Prime Minister Tertius Zongo and has fired his chief military General Dominique Djindjéré who has been replaced by Colonel Honoré Nabéré Traoré.
The events started at the beginning of this month with the death of students in Koudougou followed up with the military who besieged the city of Ouagadougou on the night of March 22 signifying by gun shots and gas station breakings that they were not satisfied by the conclusion of a law suit lost by one of the military in a case of rape and morality. In solidarity, these military have been shooting up from 21:00 until 5:00 am, taking the population in hostage. Two days later it was the turn of the Burkinabe people to show their outrage to the military, who are supposed to protect them and not brake people’s belongings, by lighting up old tires at the corner of the streets screaming, “the military are robbers!”
Last Thursday military mutineers were again shooting up, breaking into hotels damaging private properties and destroying the City Hall and the house of Chief of the Army, General Dominique Diendiéré. They were claiming their dues in terms of salary for food and lodging.
Again, the population is taken has a hostage in a country where the average salary is $400.00 a year, and where a day loss of work is extremely significant in one’s budget. We can only hope that these events are over and will not degenerate. One must control his army and think that government who last this long with an impoverished population who sees the rich getting richer and the poor getting poorer is a cocktail Molotov waiting to explode. One must not hide in is country house in Ziaré but face the ineluctable before it gets out of hand.

Note;
I am a Canadian Citizen, looking for work, I am not a journalist, but I know this country and I speak French fluently, if you want me to go back there and follow up these events for you, please let me know. Ivory Cost, Rwanda, Uganda are lessons to be taken in reporting the facts too late.

Adama, m’appelle, m’envoie des textos, et s’est maintenant abonné à une adresse courriel et a pu cette semaine me skyper. Je sais ce qu’il lui en coûte de mettre des sous sur son téléphone et de faire tout ça que pour m’entendre quelques minutes, prendre de mes nouvelles et de ma famille et de me dire ce qui se passe là-bas. Quand samedi matin à 5 :30 le téléphone a sonné, j’ai pensé à mes parents, ensuite quand j’ai vu le nom affiché sur le cellulaire ; Adama, il m’appelle avant de faire la prière que je me suis dis, non, c’était pour m’annoncer qu’il faisait chaud là-bas et moi qui ne comprenait pas l’expression je lui ai demandé il fait combien ? Il m’a dit ; on tire partout, je suis caché dans ma maison pour te parler, c’est comme ce qu’on a vécu ensemble…Mon Dieu, ça recommence ? Oui. SVP je t’en conjure sois prudent !
Plus tard, cette même journée, Carmen m’appelait pour me donner des nouvelles. Ça ne sent pas bon, j’espère de me tromper. Les soldats ont envahi l’hôtel Pacific ou des collègues sont encore et on a défoncé les portes de chambres pour les dévaliser. Ils seront sains et saufs mais cela ne sera pas la même chose pour deux Sénégalaises qui venaient tout juste d’atterrir et arriver à l’hôtel qu’elles se sont fait sauvagement violer aux abords de la piscine, le portier se fera fracassé le genoux à coups de kalachnikov.

Je suis rentrée saine et sauve, d’autres collègues se sont enfuis avant que ces derniers événements n’arrivent. Nous souhaitons tous que la paix revienne au pays.





Danielle Tremblay